Proclamation de victoire par Issa Tchiroma Bakary : Un tournant politique au Cameroun
Le 14 octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), a proclamé sa victoire à l'élection présidentielle du 12 octobre, défiant ainsi le président sortant Paul Biya, qui est au pouvoir depuis 1982. Cette déclaration a suscité des réactions vives tant au sein de l'opposition que du gouvernement, ravivant les tensions politiques dans le pays.
Dans une allocution diffusée sur les réseaux sociaux, Tchiroma a affirmé que
"le peuple a choisi"et que ce choix devait être respecté. Il a décrit sa victoire comme
"écrasante", soutenue par des résultats partiels provenant de plusieurs bureaux de vote. Bien que les résultats officiels ne soient pas encore publiés, Tchiroma a promis de fournir un rapport détaillé des résultats région par région, conformément à l'article 113 du Code électoral camerounais. Son équipe de campagne a également affirmé avoir observé le scrutin dans 90 % des bureaux de vote, ce qui lui permettrait de revendiquer une victoire fondée sur des données tangibles.
Cependant, cette proclamation de victoire a été rapidement dénoncée par le gouvernement et le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir. Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a qualifié cette déclaration d'« imposture » et d'« acte irresponsable », affirmant qu'elle violait le cadre légal régissant le processus électoral. Il a averti que toute tentative de perturber le processus électoral serait traitée avec rigueur et fermeté, soulignant que l'ordre public serait maintenu à tout prix.
Les tensions se sont intensifiées à Garoua, le fief de Tchiroma, où des échauffourées ont éclaté suite à la présence renforcée des forces de sécurité. Un gendarme a perdu la vie dans ces incidents, illustrant la volatilité de la situation. Les autorités ont déployé des contingents de gendarmes pour prévenir d'éventuels troubles, ce qui a été interprété par certains comme une manœuvre d'intimidation.
Les observateurs indépendants, y compris des ONG locales, ont signalé plusieurs irrégularités lors du scrutin, notamment la publication tardive des listes électorales et la présence de noms de personnes décédées sur ces listes. Ces problèmes ont alimenté les craintes de fraude électorale, exacerbant les tensions entre les partisans de Tchiroma et ceux de Biya.
Tchiroma, ancien ministre et porte-parole du gouvernement, a su capter l'attention du public durant sa campagne, qui a été plus animée que d'habitude. Son message de changement a résonné auprès d'une population fatiguée par des décennies de gouvernance Biya. Dans son discours, il a promis une transition de 3 à 5 ans pour reconstruire un pays qu'il estime détruit par le régime en place.
Alors que les résultats officiels sont attendus d'ici le 26 octobre, la situation politique au Cameroun demeure tendue. Les partisans de Tchiroma continuent de revendiquer sa victoire sur les réseaux sociaux, tandis que le gouvernement appelle à la sérénité et à la vigilance. Ce climat de méfiance et d'incertitude pourrait avoir des répercussions profondes sur l'avenir politique du pays.
La proclamation de victoire par Tchiroma Bakary représente un moment charnière dans l'histoire politique du Cameroun. Elle soulève des questions sur la légitimité du processus électoral et sur la capacité du pays à naviguer dans une période de transition potentiellement tumultueuse. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si le Cameroun peut éviter une escalade des tensions et trouver un chemin vers la stabilité politique.
